Jacques Peyréga Souvenir

Au service de l’idéal socialiste de Ben Bella

En Algérie, les Français sont partis depuis 1962, de longues cohortes de pieds-noirs étant rapatriés pour rejoindre une patrie que certains connaissaient à peine. L'Algérie aux algériens n'est plus un slogan des anticolonialistes, mais une réalité. Tout est à construire dans ce pays tout neuf qui apprend à la fois l'indépendance et le socialisme. Le premier gouvernement, sous l'égide d'Ahmed Ben Bella, veut en effet bâtir une nation nouvelle et moderne, sur la base des principes de Marx et Engels. C'est donc assez naturellement que Ben Bella fait  appel à Jacques Peyréga , parce qu'il s'était  illustré en prenant le parti des Algériens en 1957, mais aussi par qu'il développe une Economie Politique qui porte l'empreinte des idéaux socialistes. Fonder l'université nouvelle, créer un enseignement populaire et ouvert à tous, avec l'ambition de former une jeune génération ouverte aux principes de  l'autogestion, de la planification et du partage des richesses, voilà  le nouveau terrain d'action qui est offert à Jacques à Alger. Bien évidemment il répond « présent » immédiatement !

La famille au complet (Jacques, Simone, Catherine et Roland) reprend le bateau pour Alger avec des larmes de joie cette fois-ci. Elle s'installe boulevard du Telemly à Alger, au 13ème et dernier étage d'un immeuble, … dont l'ascenseur a été plastiqué pendant la guerre et qui ne sera jamais réparé …Qu'importe, la vue sur Alger est magnifique et dans l'appartement on voit défiler des Professeurs venus de tous horizons et principalement des pays de l'Est. Jacques dirige en effet le premier institut de la planification et de l'autogestion et invite des universitaires marxistes pour donner des conférences et animer des séminaires. C'est peut-être la période la plus exaltante de sa carrière de Profes : il peut contribuer à la création de l'Université algérienne de demain, il a carte blanche pour former la nouvelle élite qui devra gérer l'économie algérienne, dans un pays qu'il imagine libre, prospère, juste…et  évidemment laïc …Son idéalisme chevillé au corps, il se lance dans la bataille pour une Algérie nouvelle, radieuse aurore de l'humanité socialiste dont il rêve, après les années sombres de la colonisation.

La vie quotidienne à Alger est gaie et faite de joies simples : le cabanon sur la plage de Tipaza accueille la famille, les amis, les Professeurs étrangers tous les week end. Promenades en bateau à moteur– le « Fend la Bise »- au pied du mont Chenoua qui tombe dans la mer, sardines grillées sur les rochers, soirées animées par les rires et les discussions, c'est le retour au paradis perdu en 1957 et retrouvé en 1963.  Jacques et Simone  sont heureux.

Mais l'Histoire, encore une fois, va briser leur rêve algérien. Le colonel Boumedienne renverse en 1965 le gouvernement d'Ahmed Ben Bella et établit un régime militaire.

Jacques Peyréga, le protégé de Ben Bella, n'a plus sa place dans cette Algérie là. Sans vraiment l'expulser, on le lui fait comprendre en ne renouvellant pas en juin 1966 son contrat de coopérant, et en lui reprochant des faits insignifiants, mais qui prennent rapidement une tournure politique.

Jacques et Simone doivent, une seconde fois, quitter l'Algérie, la mort dans l'âme. Un sentiment d'injustice, et même de colère ,doit l'animer, lui qui a tout donné pour la cause algérienne. Jacques et Simone garderont beaucoup d'amitiés à Alger, mais n'y reviendront qu'une fois, dans les années 80 ; lorsque rien n'y est plus pareil ; ils resteront tous les deux discrets sur ce voyage de l'amertume et de la nostalgie, dans une Algérie en proie à des déchirements politiques et religieux qui leur sont complètement étrangers.

 

 

 

Carte de voeux pour la nouvelle année !



03/10/2008
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